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Alibaba, SoftBank, SpaceX : l’IA déclenche une course mondiale au financement

Illustration de banque centrale, de taux et de politique monétaire

Actions nouvelles, obligations, convertibles et financements de data centers : la course à l’IA bascule aussi sur les marchés de capitaux, où les investisseurs commencent à demander une prime de risque plus élevée.

Résumé express

Article du 23 septembre 2026
Alibaba
10,2 Md$

Levée en actions pour financer l’IA

SoftBank
11,15 Md$

Nouvelle émission obligataire liée notamment à OpenAI

SpaceX
25 Md$

Obligations émises en juin 2026

Hyperscalers
420 Md$

Dette brute attendue en 2027 selon Goldman Sachs

La course à l’intelligence artificielle ne se joue plus uniquement sur les modèles ou les puces. Elle se joue désormais aussi sur les marchés financiers.

Data centers, GPU, réseaux électriques et infrastructures cloud nécessitent des centaines de milliards de dollars. Même les plus grands groupes technologiques cherchent donc davantage de capitaux extérieurs pour accélérer leurs investissements.

Cette évolution change progressivement le profil financier du secteur : l’IA devient une industrie lourde, très capitalistique, et les investisseurs commencent à différencier davantage les dossiers selon la qualité du bilan et la visibilité sur les futurs revenus.

Alibaba choisit l’augmentation de capital

Alibaba a levé environ 10,2 milliards de dollars à Hong Kong en émettant de nouvelles actions. Le groupe a indiqué vouloir consacrer la totalité du produit net à ses capacités d’intelligence artificielle, notamment les puces, les infrastructures et le développement de modèles.

Cette stratégie prend déjà une dimension industrielle. Alibaba a présenté une nouvelle puce dédiée à l’IA, travaille sur un modèle beaucoup plus important que son actuel Qwen et vise plus de 20 gigawatts de capacité de data centers d’ici 2032.

Pour les actionnaires, l’avantage est de ne pas alourdir directement la dette. En contrepartie, l’émission de nouvelles actions entraîne une dilution du capital.

SoftBank mise directement sur la dette

SoftBank suit une voie différente. Le groupe a lancé environ 11 milliards de dollars d’obligations en dollars et en euros, avec l’objectif de financer notamment une nouvelle tranche de 10 milliards de dollars de son investissement dans OpenAI.

Si l’opération est menée à la taille prévue, elle figurerait parmi les plus importantes émissions obligataires d’une entreprise non financière de la région Asie-Pacifique et Japon.

Cette méthode évite une dilution immédiate des actionnaires, mais augmente la dette et les charges d’intérêts. Elle montre surtout à quel point l’accès aux marchés de capitaux devient central dans la compétition pour l’IA.

SpaceX a lui aussi utilisé le marché obligataire

SpaceX a émis 25 milliards de dollars d’obligations en juin 2026. Une partie du produit a servi à rembourser un financement relais qui avait lui-même refinancé plusieurs dettes, dont certaines liées à xAI.

Cela ne signifie pas que les 25 milliards de dollars ont été directement consacrés à l’intelligence artificielle. Mais depuis l’intégration de xAI, les besoins de financement de SpaceX, de ses infrastructures et de ses activités d’IA sont devenus beaucoup plus étroitement liés.

Le financement de l’IA dépasse donc désormais largement les seules entreprises spécialisées dans les modèles.

Amazon, Alphabet, Nebius et Oracle montrent l’ampleur du mouvement

Amazon et Alphabet ont émis à eux seuls environ 60 milliards de dollars d’obligations en plusieurs devises sur douze mois. Les dépenses d’investissement des grands groupes technologiques sont estimées autour de 725 milliards de dollars en 2026, ce qui pousse progressivement le secteur vers davantage de dette et de montages financiers spécialisés.

Nebius a de son côté levé 5 milliards de dollars d’obligations convertibles en août, montant porté à 5,75 milliards après exercice des options par les acheteurs, afin notamment de développer ses capacités de data centers et ses services d’IA.

Oracle illustre le revers potentiel de cette course. Environ 18 milliards de dollars de prêts liés à un vaste data center destiné à fournir de la puissance de calcul à OpenAI ont récemment subi des pressions sur le marché, alors que l’endettement du groupe attire davantage l’attention des investisseurs.

Le marché commence à demander une prime de risque

La quantité de dette liée à l’IA devient suffisamment importante pour modifier le marché obligataire lui-même. Goldman Sachs estime que les émissions brutes des hyperscalers pourraient atteindre environ 420 milliards de dollars en 2027, soit 60 % de plus que les estimations pour 2026.

Les investisseurs ne semblent pas craindre un défaut généralisé des grands groupes technologiques. Leur inquiétude porte davantage sur l’ampleur des besoins de financement, la concentration des portefeuilles et la visibilité encore limitée sur le rendement de ces investissements.

Les obligations d’émetteurs liés à l’IA se négocient ainsi avec des spreads plus larges que l’ensemble du marché investment grade. Autrement dit, les entreprises doivent progressivement offrir davantage de rendement pour absorber le volume de dette à venir.

L’IA devient une industrie de capital

Pendant des années, les grandes entreprises technologiques ont été associées à des marges élevées, beaucoup de trésorerie et relativement peu de dette. L’IA change progressivement cette équation.

Construire des data centers, acheter des GPU, sécuriser l’électricité et développer des infrastructures cloud rapproche désormais certaines dépenses technologiques de celles de secteurs lourds comme l’énergie, les télécommunications ou les infrastructures.

La question centrale pour les marchés devient donc moins de savoir si les investissements vont continuer que de mesurer si les revenus générés par l’IA progresseront suffisamment vite pour rémunérer les centaines de milliards de dollars de capitaux mobilisés.

Ce contenu ne constitue pas une recommandation d’achat, de vente ou de conservation.