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États-Unis et Japon défendent le yen, mais le carry trade reste loin d’être mort

Illustration de banque centrale, de taux et de politique monétaire

L’intervention coordonnée de Washington et Tokyo a fait rebondir le yen, mais l’écart de taux continue d’alimenter le carry trade. L’enjeu concerne aussi les obligations et les actions américaines.

Le Japon et les États-Unis ont mené une intervention coordonnée pour soutenir le yen après sa chute à 163,99 pour un dollar, son plus bas niveau depuis près de quarante ans. La devise japonaise est remontée jusqu’à environ 155,20 avant de se stabiliser autour de 156 à 157 yens pour un dollar.

Cette première intervention conjointe en faveur du yen depuis 1998 envoie un avertissement puissant aux investisseurs. Elle ne supprime toutefois pas la cause principale de sa faiblesse : les taux américains restent nettement supérieurs aux taux japonais.

Pourquoi les États-Unis ont-ils décidé d’intervenir ?

La chute du yen ne concerne pas uniquement l’économie japonaise. Le Japon détient une quantité considérable d’obligations et d’autres actifs américains. Pour défendre sa monnaie, Tokyo peut être amené à mobiliser ses réserves en dollars, tandis qu’une hausse durable des taux japonais pourrait inciter les investisseurs japonais à rapatrier une partie de leurs capitaux.

Des ventes importantes d’obligations américaines feraient monter leurs rendements et rendraient le financement de la dette des États-Unis plus coûteux. En participant directement à l’intervention, Washington renforce le message adressé aux marchés et réduit la nécessité pour Tokyo d’agir seul avec davantage de réserves en dollars.

Les États-Unis cherchent également à éviter un débouclage désordonné du carry trade. Une remontée trop brutale du yen peut forcer des investisseurs endettés dans cette monnaie à vendre rapidement des actions, des obligations ou d’autres actifs étrangers afin de rembourser leurs positions. Le choc peut alors se transmettre à Wall Street et au marché obligataire américain.

Le carry trade reste attractif

Le carry trade consiste à emprunter dans une monnaie où les taux sont faibles, ici le yen, puis à convertir cet argent pour investir dans une monnaie mieux rémunérée, souvent le dollar. Le rendement potentiel vient de l’écart de taux et, parfois, de la baisse supplémentaire de la monnaie empruntée.

La Réserve fédérale maintient ses taux entre 3,50 % et 3,75 %, contre 1 % pour la Banque du Japon. Cet écart reste suffisamment important pour encourager certaines positions, même après l’intervention.

Il n’existe cependant pas un rendement automatique de 10 % ou 15 %. De tels chiffres dépendent surtout du levier utilisé et de l’évolution du taux de change. Une remontée rapide du yen peut effacer les intérêts encaissés et provoquer des pertes importantes.

Une intervention efficace, mais probablement temporaire

L’action coordonnée rend désormais la vente du yen plus risquée. Les investisseurs savent que Tokyo et Washington peuvent intervenir de nouveau, ce qui peut limiter les positions les plus agressives et provoquer des rachats rapides de la devise japonaise.

Mais une intervention sur le marché des changes ne modifie pas directement l’écart de taux. Tant que les placements en dollars restent nettement mieux rémunérés, la pression de fond sur le yen peut réapparaître.

Une stabilisation plus durable nécessiterait probablement de nouvelles hausses de taux au Japon, une baisse des taux américains ou un rapatriement plus important des capitaux japonais investis à l’étranger. Chacune de ces solutions comporte cependant des risques pour la croissance, les finances publiques ou les marchés mondiaux.

Le pétrole complique encore le problème japonais

Le Japon dépend fortement des importations d’énergie. Lorsque le pétrole augmente en dollars tandis que le yen baisse, la facture énergétique progresse encore plus fortement en monnaie locale.

Cette combinaison dégrade le pouvoir d’achat, alimente l’inflation importée et creuse les besoins de financement extérieur. Elle renforce donc la pression politique pour soutenir le yen, sans permettre à la Banque du Japon de relever brutalement ses taux sans risque pour l’économie et la dette publique.

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