Iran : le pétrole plonge, mais la trêve fragile ne rassure qu’à moitié les marchés

La pause dans les affrontements directs entre les États-Unis et l’Iran fait chuter le pétrole, mais Wall Street reste freinée par Nvidia, les semi-conducteurs et les inquiétudes sur le financement de l’intelligence artificielle.
Les marchés ont accueilli avec soulagement la pause dans les affrontements directs entre les États-Unis et l’Iran. Le Brent a fortement chuté et les rendements obligataires américains se sont détendus. Pourtant, Wall Street n’a pas réellement rebondi : le Dow Jones a progressé de 0,5 %, mais le S&P 500 est resté presque stable et le Nasdaq a terminé en légère baisse.
Cette réaction mitigée résume la séance. Le risque géopolitique immédiat diminue, mais les investisseurs restent préoccupés par les valorisations technologiques, les dépenses consacrées à l’intelligence artificielle et l’émergence de nouveaux concurrents chinois dans les semi-conducteurs.
Une pause entre Washington et Téhéran, pas encore un accord
Donald Trump affirme que les États-Unis et l’Iran ont engagé de bonnes discussions après la suspension des frappes américaines. Téhéran conteste toutefois avoir demandé des négociations formelles, même si des canaux diplomatiques restent actifs. Washington a également averti que les opérations militaires pourraient reprendre en cas d’échec des discussions.
Le terme de trêve doit donc être utilisé avec prudence. Les deux pays ont interrompu leurs attaques directes, mais les tensions régionales n’ont pas disparu.
Des drones ont notamment visé l’Arabie saoudite, la Jordanie et le nord de l’Irak. Riyad affirme avoir intercepté des appareils dirigés contre des installations pétrolières et accuse des groupes armés soutenus par l’Iran. Le gouvernement saoudien a déclaré qu’il se réservait le droit de répondre.
Le scénario central du marché repose donc sur une désescalade progressive entre Washington et Téhéran. Mais une riposte saoudienne, une nouvelle attaque contre un pétrolier ou une rupture des discussions pourrait rapidement remettre cette hypothèse en cause.
Le Brent retombe sous 86 dollars
Le pétrole a immédiatement réagi à la diminution du risque de fermeture du détroit d’Ormuz. Après avoir atteint environ 102 dollars la semaine précédente, le Brent a terminé à 85,87 dollars, en baisse de 6,3 % sur la séance. Il avait reculé de plus de 9 % à son point le plus bas de la journée.
La baisse reflète principalement la disparition d’une partie de la prime de risque géopolitique. Les investisseurs considèrent désormais qu’une interruption durable des exportations du Golfe est moins probable qu’elle ne l’était quelques jours auparavant.
Cette détente est favorable aux compagnies aériennes, aux transporteurs, aux entreprises très dépendantes de l’énergie et, plus largement, aux perspectives d’inflation. Elle explique également le recul des rendements obligataires américains observé pendant la séance.
Il serait cependant prématuré de considérer que le problème pétrolier est réglé. Le détroit d’Ormuz reste au cœur du rapport de force avec l’Iran, tandis que les attaques menées par des groupes régionaux peuvent encore perturber les routes passant par le Golfe ou la mer Rouge.
Wall Street ne profite que partiellement de la détente
Le S&P 500 a gagné moins de 0,1 %, à 7 413 points. Le Dow Jones a progressé de 0,5 %, tandis que le Nasdaq a perdu 0,2 % pour enregistrer une quatrième séance consécutive de baisse. Le Russell 2000 a mieux résisté, avec une hausse de 0,6 %.
La meilleure performance des petites capitalisations montre que la séance n’était pas entièrement négative. La baisse du pétrole et des rendements favorise les entreprises davantage exposées à l’économie intérieure américaine.
Mais l’absence de véritable rebond du S&P 500 reste notable. Une chute de plus de 6 % du Brent aurait normalement pu provoquer une hausse plus importante des actions. Les difficultés du secteur technologique ont absorbé une grande partie du soulagement lié à l’Iran.
Nvidia recule sur le financement des data centers
Nvidia a perdu environ 5 % après des informations indiquant que le groupe pourrait fournir jusqu’à 250 milliards de dollars de garanties financières dans le cadre d’un immense projet de centre de données destiné à OpenAI.
Le marché ne remet pas en cause la position dominante de Nvidia dans les puces d’intelligence artificielle. Il commence néanmoins à s’interroger sur la complexité croissante du financement des infrastructures nécessaires au développement de l’IA.
Nvidia ne serait plus seulement le fournisseur des processeurs : l’entreprise pourrait également participer indirectement au financement des clients qui achètent ou louent ses équipements. Cette évolution augmente l’exposition financière du groupe et renforce les inquiétudes sur la dépendance entre fabricants de puces, développeurs d’IA et opérateurs de centres de données.
Après plusieurs années de hausse exceptionnelle, les investisseurs demandent désormais davantage de visibilité sur la rentabilité réelle des centaines de milliards de dollars engagés dans les infrastructures d’intelligence artificielle.
La Chine inquiète les fabricants de semi-conducteurs
ASML a également reculé de près de 6 % après des informations faisant état de premiers progrès chinois dans la production de machines de lithographie DUV. Ces équipements sont indispensables à la fabrication des semi-conducteurs.
La menace reste limitée à court terme. Les équipements chinois seraient encore moins performants que ceux d’ASML et la Chine ne maîtrise toujours pas les machines EUV nécessaires à la fabrication des puces les plus avancées. Mais les investisseurs commencent à intégrer le risque d’une diminution progressive de la dépendance chinoise envers les fournisseurs occidentaux.
L’introduction en Bourse spectaculaire du fabricant chinois de mémoires CXMT a renforcé cette inquiétude. Le groupe a levé environ 8,6 milliards de dollars et son action a bondi de plusieurs centaines de pour cent lors de sa première séance à Shanghai.
Le message envoyé au marché est clair : la Chine continue d’investir massivement pour créer une chaîne de production nationale dans les semi-conducteurs, même si l’écart technologique avec les leaders occidentaux reste important.
Une détente géopolitique qui ne suffit plus
La séance ne signale pas une panique généralisée. Le Dow Jones et le Russell 2000 ont progressé, tandis que la baisse s’est principalement concentrée sur les grandes valeurs technologiques et les semi-conducteurs.
Elle montre toutefois que le marché devient plus exigeant. La diminution du risque lié à l’Iran et la chute du pétrole ne suffisent plus à faire monter l’ensemble des indices lorsque de nouvelles inquiétudes apparaissent sur le financement de l’intelligence artificielle ou sur la concurrence chinoise.
Les prochaines séances dépendront de deux sujets principaux. Le premier sera la solidité des discussions entre Washington et Téhéran, ainsi que l’éventuelle réaction de l’Arabie saoudite aux attaques de drones. Le second sera la publication des résultats de plusieurs géants technologiques, dans un contexte où les investisseurs deviennent beaucoup moins tolérants face aux dépenses massives consacrées aux centres de données.
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