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Tesla et Google font chuter Wall Street, Intel rassure après la clôture

Illustration de résultats d’entreprises et de marchés actions

Tesla et Google entraînent Wall Street à la baisse après des dépenses massives et une dégradation de leur trésorerie. Lockheed Martin s’envole, tandis qu’Intel surprend positivement après la clôture.

Wall Street a nettement reculé jeudi. Le S&P 500 a perdu 1,21 %, le Dow Jones près de 1 % et le Nasdaq environ 2,2 %. La séance marque la plus forte baisse du marché américain depuis un mois, avec une pression particulièrement forte sur les grandes valeurs technologiques.

Deux publications ont concentré l’essentiel des inquiétudes : celles de Tesla et d’Alphabet, maison mère de Google. Dans les deux cas, les investisseurs n’ont pas seulement regardé la croissance du chiffre d’affaires. Ils se sont surtout interrogés sur le coût des investissements massifs consacrés à l’intelligence artificielle, aux centres de données, aux robotaxis et à la robotique.

Tesla chute de plus de 14 %

Tesla a terminé en baisse de 14,53 %, malgré un chiffre d’affaires trimestriel de 28,2 milliards de dollars supérieur aux attentes. Le bénéfice ajusté de 33 cents par action est en revanche ressorti sous le consensus, tandis que les marges automobiles ont déçu.

La principale inquiétude vient toutefois de la trésorerie. Tesla a enregistré un flux de trésorerie disponible négatif de 1,1 milliard de dollars, une première depuis plus de deux ans. Ses dépenses d’investissement ont plus que doublé pour atteindre 5,8 milliards de dollars et devraient dépasser 25 milliards sur l’ensemble de l’année.

Ces investissements doivent financer les infrastructures d’IA, les puces, les batteries, les robotaxis et la montée en puissance du robot humanoïde Optimus. Le marché ne rejette donc pas nécessairement la stratégie de long terme de Tesla, mais il demande désormais des preuves plus rapides que ces projets pourront générer suffisamment de bénéfices et de trésorerie.

Les investisseurs ont également sanctionné le manque de nouveaux objectifs précis pour le déploiement des robotaxis. Tesla poursuit leur développement, mais l’expansion reste plus lente et plus progressive que les ambitions précédemment affichées.

Les excellents résultats de Google ne suffisent plus

Alphabet a reculé d’environ 7 %, alors même que Google a publié une forte croissance et que son activité cloud a progressé de 82 %. Les investisseurs se sont concentrés sur la nouvelle augmentation des dépenses consacrées aux infrastructures d’intelligence artificielle.

Alphabet prévoit désormais entre 195 et 205 milliards de dollars d’investissements en 2026, soit 15 milliards de plus que sa précédente estimation. Le groupe a parallèlement enregistré un flux de trésorerie disponible négatif de 5,9 milliards de dollars au deuxième trimestre, une situation inhabituelle pour une entreprise historiquement capable de générer énormément de liquidités.

La croissance de Google Cloud reste très solide, mais Wall Street veut savoir combien de temps il faudra pour que les revenus de l’IA compensent les coûts des centres de données, des serveurs et de l’énergie. Cette interrogation pourrait désormais concerner Microsoft, Amazon et Meta lors de leurs prochaines publications.

Le pétrole au-dessus de 100 dollars accentue la correction

La baisse ne repose pas uniquement sur les résultats technologiques. Le Brent a bondi de 7 % pour terminer à 100,69 dollars, après avoir atteint environ 102 dollars en séance. Les attaques contre des pétroliers saoudiens en mer Rouge ont ravivé les inquiétudes sur les routes d’approvisionnement du Moyen-Orient.

Cette nouvelle hausse de l’énergie renforce les risques d’inflation et maintient les rendements obligataires américains à des niveaux élevés. La combinaison d’un pétrole cher, de taux élevés et de dépenses d’investissement en forte augmentation est particulièrement défavorable aux valeurs technologiques déjà fortement valorisées.

Lockheed Martin s’envole de plus de 10 %

La séance a néanmoins fait ressortir plusieurs gagnants. Lockheed Martin a progressé d’environ 10,5 % après avoir publié un chiffre d’affaires trimestriel de 20,1 milliards de dollars, en hausse de 11 %, et relevé ses prévisions pour 2026. Le carnet de commandes du groupe atteint un record proche de 230 milliards de dollars.

La demande est notamment soutenue par la nécessité pour le Pentagone et ses alliés de reconstituer leurs stocks de missiles et de systèmes de défense utilisés dans les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. Les ventes de la division missiles de Lockheed Martin ont progressé de près de 20 %.

Cette forte hausse illustre une nouvelle rotation du marché : les entreprises technologiques très dépensières ont été vendues, tandis que les groupes de défense bénéficiant de commandes déjà visibles ont été recherchés.

Intel crée la surprise après la clôture

Après la fermeture de Wall Street, Intel a publié des résultats largement supérieurs aux prévisions. Son chiffre d’affaires a progressé de 25,4 % sur un an pour atteindre 16,13 milliards de dollars, contre environ 14,42 milliards attendus. Le bénéfice ajusté s’élève à 42 cents par action, soit deux fois le consensus, et la marge brute ajustée a également dépassé les estimations.

Intel prévoit pour le troisième trimestre un chiffre d’affaires compris entre 15,8 et 16,8 milliards de dollars, contre environ 15,1 milliards anticipés par Wall Street. Le groupe vise également un bénéfice ajusté de 38 cents par action, supérieur aux 27 cents attendus. L’action gagnait environ 10 % après la clôture, entraînant AMD et Arm dans son sillage.

La demande pour les processeurs utilisés dans les centres de données et les systèmes d’IA semble donc rester très forte. Intel relève toutefois ses propres investissements, avec des dépenses prévues à 20 milliards de dollars cette année.

La différence avec Tesla et Google est instructive : Wall Street tolère encore l’augmentation des dépenses lorsque celle-ci s’accompagne immédiatement d’une forte amélioration du chiffre d’affaires, des marges et des prévisions. Elle devient beaucoup moins patiente lorsque les investissements provoquent une dégradation rapide de la trésorerie sans visibilité suffisante sur leur rendement.

Un marché plus exigeant envers l’intelligence artificielle

La séance ne constitue pas encore un mouvement de panique généralisé. Le Russell 2000 a moins reculé que le Nasdaq et plusieurs secteurs, notamment la défense, ont fortement progressé. La correction est surtout concentrée sur les grandes entreprises dont la valorisation repose sur des bénéfices futurs importants.

Le marché ne remet pas nécessairement en cause l’intelligence artificielle, les robotaxis ou les centres de données. Il commence toutefois à faire une distinction beaucoup plus sévère entre la croissance réellement rentable et les projets qui nécessitent encore des dizaines de milliards de dollars avant de produire des flux de trésorerie visibles.

Les prochaines publications des géants technologiques seront donc déterminantes. Après les sanctions infligées à Tesla et Google, Microsoft, Meta et Amazon devront démontrer que l’accélération de leurs investissements dans l’IA peut encore s’accompagner d’une progression suffisamment forte des bénéfices et de la trésorerie.

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